Depuis le 9 juin 2026, l’autoconsommation solaire au Maroc n’est plus une zone grise : le décret d’application de la loi 82-21 est entré en vigueur et le dispositif est enfin opérationnel. Particuliers, entreprises, exploitations agricoles : chacun peut désormais produire sa propre électricité dans un cadre légal clair, et — sous conditions — revendre son surplus au réseau. Mais attention : entre les trois régimes administratifs, les tarifs de rachat de l’ANRE et l’obligation de régularisation qui pèse sur les installations existantes, il y a de quoi s’y perdre. Et surtout, un piège économique attend ceux qui dimensionneraient leur installation « pour revendre à l’ONEE ». On fait le point, chiffres à l’appui.

Ce que la loi 82-21 change concrètement

Avant, l’autoproduction d’électricité au Maroc reposait sur un cadre ancien et fragmentaire, hérité du dahir de 1963 créant l’ONE. Produire sa propre électricité raccordée au réseau relevait de la négociation au cas par cas, sans droit clair de vendre le moindre kilowattheure excédentaire.

Après, la donne a changé en deux temps :

  • La loi n° 82-21, promulguée par le dahir n° 1-23-21 du 10 février 2023, a créé le premier cadre juridique dédié à l’autoproduction, toutes sources d’énergie confondues. Elle définit l’autoproducteur, instaure trois régimes selon la puissance, ouvre le droit de vendre le surplus (plafonné à 20 % de la production annuelle) et protège le producteur : votre distributeur n’a pas le droit de vous couper l’électricité parce que vous possédez une installation d’autoproduction.
  • Le décret n° 2-25-100, publié au Bulletin officiel n° 7489 du 9 mars 2026 et applicable depuis le 9 juin 2026, a rendu ce cadre opérationnel : seuil déclaratif fixé à 11 kW, contenu des dossiers, conventions de raccordement, délais de traitement.

Comme le résumait pv magazine France en mars 2026, le Maroc « débloque enfin l’autoproduction solaire ». Le texte intégral de la loi est d’ailleurs disponible sur le site de l’ANRE (PDF officiel).

Les trois régimes : déclaration, accord de raccordement, autorisation

Votre régime dépend de la puissance de votre installation et du niveau de tension du réseau. Attention, les puissances de plusieurs installations sur un même site s’additionnent.

RégimePuissanceRéseauDémarche
DéclarationMoins de 11 kWBasse tension (BT)Simple déclaration auprès de votre distributeur (ONEE ou régie locale). C’est le régime des villas, petits commerces et petites fermes.
Accord de raccordementDe 11 kW à 5 MWBT ou moyenne tension (MT)Dossier technique auprès du distributeur, convention de raccordement, réponse en principe sous 60 jours (auxquels peut s’ajouter une étude technique facturée au demandeur). Le régime des PME, usines et grandes exploitations agricoles.
Autorisation5 MW et plusMT, HT ou THTAutorisation administrative après avis technique, dossier lourd (historique de consommation, étude d’impact), délai d’environ 90 jours.

Bonne nouvelle pour la très grande majorité de nos clients : une villa ou un petit commerce équipé d’un kit solaire de 3 à 10 kWc relève du régime déclaratif, le plus simple des trois.

Vendre son surplus : les tarifs ANRE… et la zone d’ombre résidentielle

La loi permet de vendre au gestionnaire de réseau un excédent plafonné à 20 % de la production annuelle de l’installation. Le mécanisme est un net-billing (vente du surplus à un tarif administré), pas un net-metering européen : il n’y a aucune compensation kWh contre kWh, le compteur mesure séparément ce que vous prélevez et ce que vous injectez.

Par sa décision n° 04/26 du 17 février 2026, l’ANRE a fixé le tarif de rachat de cet excédent pour la période mars 2026 – février 2027 :

  • 21 centimes/kWh en heures de pointe ;
  • 18 centimes/kWh en heures hors pointe.

Mais — et c’est crucial pour les particuliers — ce tarif ne s’applique qu’aux raccordements MT, HT et THT. Dans son communiqué officiel, l’ANRE précise que le tarif applicable à la basse tension « sera fixé après la mise en place du cadre réglementaire et technique adéquat ». Autrement dit : un particulier en BT peut légalement injecter son surplus depuis le 9 juin 2026, mais il n’est pas encore rémunéré. À noter aussi : les autoproducteurs raccordés paient des tarifs d’usage du réseau (le TURT est fixé à 6,85 centimes/kWh au 1er mars 2026), ce qui ampute encore la rentabilité de la revente pour les gros producteurs.

Le piège : surdimensionner son installation « pour revendre à l’ONEE »

C’est l’erreur que nous voyons poindre dans de trop nombreux devis. Faisons le calcul, chiffres officiels à l’appui :

  • Un kilowattheure autoconsommé vous évite un achat au tarif retail, soit environ 1,05 MAD/kWh (estimation de marché pour un usage professionnel en heures pleines).
  • Le même kilowattheure revendu ne vous rapporte que 0,18 à 0,21 MAD — et seulement si vous êtes en MT/HT.

L’écart est d’environ 5 pour 1. Concrètement, pour une PME de 50 kWp bien dimensionnée, l’autoconsommation représente l’essentiel des gains et la revente du surplus plafonné à 20 % pèse moins de 5 % des revenus annuels. Surdimensionner son installation pour « vendre à l’ONEE » revient donc à payer des panneaux supplémentaires dont la production sera bradée au cinquième de sa valeur — ou carrément écrêtée sans compensation au-delà du plafond des 20 %.

La bonne stratégie est inverse : dimensionner pour couvrir sa consommation de jour, rien de plus. C’est exactement la logique de nos onduleurs solaires on-grid et de nos kits d’autoconsommation. Et contrairement à ce que certains discours commerciaux laissent entendre, ni l’onduleur hybride ni la batterie ne sont des obligations de la loi 82-21 — ce sont des options de confort, pas des exigences légales.

Installations existantes : 18 mois pour se régulariser

Vous faites partie des milliers de Marocains qui ont installé des panneaux avant l’entrée en vigueur du dispositif ? L’article 33 de la loi vous concerne directement : vous devez déposer une demande de régularisation dans un délai de 18 mois à compter de l’entrée en vigueur du dispositif — soit jusqu’à fin 2027 environ, selon l’interprétation retenue par les cabinets d’avocats qui suivent le dossier (certains calculent une échéance au début de septembre 2027).

Les sanctions prévues par la loi ne sont pas symboliques :

  • exploiter une installation sans déclaration : amende de 2 000 à 5 000 DH ;
  • exploiter sans accord de raccordement ni autorisation : amende de 100 000 à 1 000 000 DH ;
  • à cela s’ajoutent la mise en demeure, l’arrêt d’exploitation, voire la coupure du raccordement sans compensation.

Si CP Tech a installé votre système ces dernières années, ne restez pas dans l’irrégularité : contactez-nous, nous vous accompagnons dans la démarche de déclaration auprès de votre distributeur.

Comment procéder concrètement

Vous êtes particulier ou petit professionnel (moins de 11 kW) :

  1. Dimensionnez votre installation sur votre consommation diurne réelle (nos kits de 3 à 10 kWc couvrent la majorité des villas).
  2. Déposez une déclaration auprès de votre distributeur (ONEE ou régie), avec justificatif de propriété et engagement d’affecter la production à vos propres besoins.
  3. Le compteur bidirectionnel — obligatoire pour mesurer séparément prélèvements et injections — est fourni et posé par le distributeur, pas par l’installateur.
  4. Produisez, autoconsommez, et attendez la publication du tarif BT pour valoriser l’éventuel surplus.

Vous êtes une PME, une usine ou une exploitation agricole (11 kW – 5 MW) :

  1. Constituez le dossier technique (caractéristiques de l’installation, historique de consommation, droit de disposer du site).
  2. Déposez la demande d’accord de raccordement auprès du gestionnaire de réseau concerné ; comptez environ 60 jours de délai de réponse, plus l’éventuelle étude technique à votre charge.
  3. Signez la convention de raccordement : le tarif de rachat de votre excédent (18/21 centimes) y est indexé dès la signature.

FAQ : vos questions sur l’autoconsommation solaire au Maroc

Puis-je revendre mon surplus en tant que particulier ?

Légalement, vous pouvez injecter votre surplus en basse tension depuis le 9 juin 2026. Mais l’ANRE n’a pas encore publié de tarif de rachat pour la basse tension : votre surplus part donc au réseau sans rémunération pour l’instant. Le tarif BT sera fixé « après la mise en place du cadre réglementaire et technique adéquat ». En attendant, la rentabilité d’une installation résidentielle repose à 100 % sur l’autoconsommation.

Quel délai pour régulariser une installation déjà en service ?

La loi 82-21 (article 33) accorde un délai de 18 mois à compter de l’entrée en vigueur du dispositif pour déposer une demande de régularisation — soit jusqu’à fin 2027 environ, selon les interprétations juridiques publiées. Ne tardez pas : passé ce délai, vous vous exposez aux sanctions prévues par la loi.

Quelle amende si je ne déclare pas mon installation ?

Exploiter une installation sans la déclaration requise expose à une amende de 2 000 à 5 000 DH. Si votre installation relevait du régime de l’accord de raccordement ou de l’autorisation (à partir de 11 kW), l’amende monte de 100 000 à 1 000 000 DH, avec possibilité d’arrêt d’exploitation et de coupure du raccordement.

Faut-il changer de compteur pour autoconsommer ?

Oui, pour une installation raccordée au réseau : un compteur bidirectionnel (mesurant séparément l’énergie prélevée et l’énergie injectée) est obligatoire. Bonne nouvelle : il est fourni et installé par votre distributeur, pas à la charge de votre installateur. Injecter sans ce compteur vous expose à une amende et à une déconnexion.

La batterie est-elle obligatoire avec la loi 82-21 ?

Non. Ni la loi ni le décret n’imposent de batterie ou d’onduleur hybride. Le stockage reste une option utile pour maximiser l’autoconsommation en soirée, mais légalement une installation on-grid simple, dimensionnée sur votre consommation de jour, est parfaitement conforme.

En résumé : le bon moment, avec le bon dimensionnement

Le cadre légal est enfin là, les démarches sont clarifiées et le compteur bidirectionnel est pris en charge par le distributeur. La seule vraie erreur serait de mal dimensionner : au Maroc, un kilowattheure autoconsommé vaut environ cinq fois un kilowattheure revendu. Nos kits solaires et onduleurs on-grid sont conçus exactement pour cela : maximiser votre autoconsommation, pas gonfler votre facture de matériel.

Vous avez un projet, ou une installation existante à régulariser ? Demandez votre devis gratuit — l’équipe CP Tech vous répond partout au Maroc.

النسخة العربية من هذا المقال: الاستهلاك الذاتي للطاقة الشمسية بالمغرب: القانون 82-21